Décès de Biyouna : une icône algérienne de la culture s’éteint

Une étoile qui s’éteint

Biyouna Cannes 2011

C’est avec une profonde tristesse que le monde du cinéma, de la musique et de la culture africaine et francophone a appris le décès de Biyouna, le 25 novembre 2025, à Alger. À 73 ans, l’artiste connue sous le nom de Biyouna laisse derrière elle un héritage artistique immense, fruit d’une carrière inaugurée il y a plus d’un demi-siècle.

Des débuts dans les cabarets d’Alger à la consécration internationale

Née Baya Bouzar en 1952 dans le quartier populaire de Belcourt (ex-Belcourt), Biyouna découvre tôt le goût de la scène. Elle intègre plusieurs troupes musicales, chante, danse, touche au tambourin — jusqu’à enchanter les cabarets et fêtes d’Alger.
À 19 ans, sa vie bascule : repérée par le réalisateur Mustapha Badie, elle obtient son premier rôle dans le feuilleton La Grande Maison (1973). Ce projet, tiré du roman de Mohammed Dib, la propulse sur le devant de la scène, faisant d’elle un visage familier des foyers algériens.

Une artiste aux multiples talents

Biyouna n’était pas qu’une actrice : elle était aussi chanteuse, humoriste, comédienne de théâtre, et personnalité singulière capable de mêler gravité, drame, humour et énergie populaire.

BON À SAVOIR

Culture algérienne

Traditions populaires (Alger) Artistes algériens Artisanat algérien Costume traditionnel algérien Vêtements algériens, Costumes traditionnels en Algérie:

  • Au cinéma comme à la télévision, elle a incarné des rôles variés, allant de la comédie au drame, tout en portant l’authenticité algérienne.
  • En tant que chanteuse et femme de scène, elle a conservé son attachement à ses racines, à la musique populaire, à la voix rauque et identifiable qu’on associait immédiatement à son nom.
  • Dans ses choix artistiques, elle a souvent mêlé engagement, humour et provocation — refusant le conformisme, revendiquant une liberté artistique totale.

Une icône pour plusieurs générations

Georges Biard – L’équipe du film « La source des femmes » au festival de Cannes. De gauche à droite : Amal Atrach, Leïla Bekhti, Radu Mihaileanu, Biyouna, Hiam Abbass, Sabrina Ouazani, Hafsia Herzi

L’influence de Biyouna dépasse l’Algérie. Elle constitue un pont culturel entre le Maghreb, le cinéma francophone, l’Afrique et sa diaspora. Elle incarnait la modernité, la mémoire et la vitalité d’un cinéma et d’une culture arabe-africaine en pleine mutation.

Son départ laisse le vide d’une voix unique, d’un regard authentique sur le vécu, les traditions, les transformations sociales — un vide silencieux mais profondément ressenti partout.

Un legs durable — pourquoi Biyouna reste essentielle

  1. Un parcours inspirant — d’une jeune chanteuse de cabaret à une star internationale, elle prouve que le talent, la ténacité et la passion peuvent transcender les barrières sociales ou culturelles.
  2. Une représentation forte — femme algérienne, artiste libre, elle a incarné des personnages parfois marginalisés, des réalités peu mises en scène, donnant voix à ceux qu’on n’entend pas toujours.
  3. Un pont entre cultures — ses rôles dans des productions franco-algériennes, son art, sa musique, ont rapproché des publics, permis des dialogues interculturels, renforcé la visibilité de la culture maghrébine à l’international.
  4. Un modèle pour les nouvelles générations — elle montre que l’engagement, l’authenticité et la pluralité artistique sont des forces, bien au-delà du star system.

Un hommage à la vie, à l’art, à la mémoire

Biyouna part, mais elle ne s’efface pas. Elle reste dans les souvenirs, dans les images, dans les voix. Et surtout dans ce qu’elle a transmis : la dignité, la force, la liberté de créer, de dire, d’être elle-même.

À travers son œuvre, elle continue de parler — aux femmes, aux artistes, à ceux qui cherchent à s’exprimer, à rêver, à exister.

Que son nom garde toujours sa force, que son héritage inspire et éclaire. Repose en paix, grande dame du cinéma et de la culture.

Laisser un commentaire