La cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025), organisée au Maroc, a offert bien plus qu’un moment de célébration sportive. Parmi les images marquantes de cette soirée solennelle, un geste précis du prince héritier Moulay El Hassan a suscité de nombreuses réactions. En présidant l’événement, il a esquissé un salut mesuré, tendant brièvement la main avant de la retirer presque aussitôt.
Ce geste, discret mais hautement symbolique, a rapidement nourri les commentaires et les interprétations. Certains y ont vu une simple formalité, d’autres une singularité protocolaire. Pourtant, loin d’être improvisé, ce salut s’inscrit dans une tradition profondément ancrée dans l’histoire et la culture institutionnelle du Royaume. Comprendre ce moment, c’est entrer dans un univers où chaque posture, chaque mouvement du corps, participe d’un langage hérité et codifié.
Un héritage du pouvoir et du sacré
Au Maroc, la monarchie ne se limite pas à une fonction politique. Elle incarne une continuité historique où le pouvoir est à la fois institutionnel et symbolique. Héritier du trône, Moulay El Hassan n’agit pas seulement en tant qu’individu, mais comme dépositaire d’un rôle précis, codifié depuis des siècles.
BON À SAVOIR
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Dans la tradition du Makhzen, système ancien de gouvernance, la distance corporelle entre le souverain (ou celui appelé à le devenir) et le reste de la société est volontaire. Elle matérialise l’autorité, la dignité et la verticalité du pouvoir. La poignée de main, geste d’égalité et de proximité, n’y occupe donc pas une place centrale.
Le respect sans le contact
Contrairement à certaines cultures où la poignée de main est un marqueur essentiel de respect, le Maroc — à l’image de nombreuses sociétés arabo-musulmanes — privilégie d’autres formes de salut : l’inclinaison du buste, le regard, la retenue du geste.
Dans la tradition islamique du adab (les bonnes manières), le respect ne passe pas nécessairement par le contact physique. La retenue est même considérée comme une vertu, en particulier dans les cadres officiels et solennels.
Le geste du prince héritier, tel qu’observé lors de la CAN 2025, s’inscrit dans cette logique : un salut visible, reconnu, mais maîtrisé. Il dit « je vous reconnais » sans franchir la frontière de la familiarité.
Ce salut bref — main tendue puis retirée — fonctionne comme un langage symbolique. Il rappelle que la fonction précède la personne. Moulay El Hassan ne se présente pas comme un invité ordinaire de la cérémonie, mais comme l’incarnation d’une institution.
Dans un monde où les gestes sont scrutés, commentés et parfois surinterprétés, ce moment souligne une réalité souvent oubliée : les codes protocolaires ne sont pas universels. Ce qui peut surprendre ailleurs est, ici, parfaitement cohérent.
Quand le sport rencontre la culture
La Coupe d’Afrique des nations 2025, événement panafricain par excellence, a offert au Maroc une vitrine sportive, mais aussi culturelle. À travers un simple geste, le pays a rappelé que le sport, aussi universel soit-il, s’inscrit toujours dans un contexte culturel précis.
Le salut de Moulay El Hassan n’était ni une maladresse ni un refus. Il était un rappel discret mais puissant : les traditions continuent de vivre, même sous les projecteurs internationaux.
Ce geste, apparemment anodin, mérite d’être compris plutôt que jugé. Il nous invite à regarder au-delà des apparences, à interroger nos propres références culturelles et à reconnaître la richesse des langages symboliques africains et maghrébins.
Parfois, un simple mouvement de la main suffit à raconter toute une histoire.
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