Projet ESUON : Beya Gille Gacha valorise la mémoire des femmes noires

La question de la mémoire de la traite atlantique et de ses répercussions culturelles est aujourd’hui au cœur des réflexions artistiques contemporaines. C’est dans ce cadre que s’inscrit « Eu sou um oceano negro » (« Je suis un océan noir », en portugais), un projet d’une portée symbolique majeure, porté par des femmes venues de divers horizons artistiques et intellectuels. Parmi elles, Beya Gille Gacha, artiste multidisciplinaire franco-camerounaise, joue un rôle central en tant que curatrice.

Un projet exclusivement féminin pour revisiter l’histoire

Le projet ESUON est une initiative singulière qui rassemble exclusivement des femmes : chercheuses, collectionneuses, galeristes et neuf artistes invitées. Ensemble, elles s’emploient à revisiter la route de l’Atlantique qui fut, pendant des siècles, un axe fondamental du commerce des esclaves. Cette route, chargée d’une mémoire douloureuse, est ici reconsidérée à travers le prisme de la création féminine. Ce travail artistique collectif vise une relecture symbolique en rupture avec les récits traditionnels, souvent dominés par une perspective masculine.

Dans cette mise en lumière, la route de l’Atlantique devient aussi un espace d’(re)découverte identitaire et de revendication culturelle, notamment pour les femmes noires. Le fait de confier la narration artistique à des femmes fait émerger des voix et des sensibilités jusque-là peu ou pas exprimées dans les représentations historiques et artistiques habituelles.

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Musée Zeitz d'art contemporain d'Afrique

Musée Zeitz d'art contemporain d'Afrique Musée Zeitz d'Art Contemporain d'Afrique en 2017 Le musée Zeitz d'art contemporain d'Afrique (MOCAA ou Zeitz

Beya Gille Gacha : une vision curatrice engagée

Interrogée à propos de cette démarche, Beya Gille Gacha évoque une « mode » ou plutôt une « réouverture » des regards portés sur les femmes noires dans le domaine culturel. D’après le média africaradio.com, elle souligne que « ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large où la visibilité des femmes noires s’accroît, non seulement en Afrique mais aussi en Europe, en Asie et en Amérique. »

Artiste multidisciplinaire, Beya Gille Gacha conjugue son engagement avec son expérience personnelle, nourrie entre ses racines camerounaises et sa formation artistique en Europe. En tant que curatrice, elle s’efforce d’ouvrir des espaces d’expression différents, où la mémoire historique dialogue avec la création contemporaine, renouvelant ainsi le regard porté sur le passé.

Un contexte mondial favorable à l’expression des femmes noires

Cette « réouverture », évoquée par la curatrice, doit s’inscrire dans un contexte plus vaste de reconnaissance et de valorisation des artistes noires à travers le monde. Depuis plusieurs années, on note un intérêt croissant pour les expressions culturelles africaines, mais aussi pour les questions d’identité, de genre et d’histoire coloniale. Le projet ESUON illustre parfaitement cette évolution, en donnant la parole à des femmes qui offrent des perspectives alternatives et engagées.

Plus largement, cette tendance reflète une mutation des approches patrimoniales qui visent à déconstruire les narrations dominantes et à intégrer les voix longtemps marginalisées. Dans le cas de la route de l’Atlantique et du commerce des esclaves, cela permet de mieux comprendre les héritages multiples laissés dans les sociétés contemporaines, tout en revitalisant des mémoires enfouies.

Un hommage artistique fort et nécessaire

− Enfin, à travers ESUON et le travail de Beya Gille Gacha, c’est aussi un hommage rendu aux résistances, à la résilience et à la créativité des femmes noires face à l’histoire tragique de la traite atlantique. Le projet invite à une réflexion collective, conjuguant art, mémoire et revendication culturelle, au service d’une meilleure compréhension des tensions et des espoirs qui traversent les sociétés africaines et diasporiques aujourd’hui.

Cette initiative est une invitation renouvelée à regarder l’histoire des femmes noires autrement, au-delà des clichés et des silences, et à célébrer leur rôle fondateur dans les dynamiques culturelles actuelles.

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