Pour la première fois dans l’histoire de la « Art Review Power List », une référence incontournable pour mesurer l’influence dans le monde de l’art contemporain, un artiste africain s’est installé en tête du classement. Il s’agit d’Ibrahim Mahama, artiste ghanéen dont le travail interroge les questions sociales et économiques en Afrique à travers des matériaux récupérés, notamment des sacs de jute usagés.
Ibrahim Mahama est ainsi sacré premier selon le classement dévoilé en décembre 2025. Cette liste annuelle, éditée par la revue britannique Art Review, classe et présente les personnalités qui façonnent la scène artistique mondiale, qu’il s’agisse d’artistes, d’institutionnels, de collectionneurs ou de critiques. Avec cette nomination, c’est la première fois qu’un artiste africain atteint la plus haute marche de ce palmarès, une consécration qui souligne la montée en puissance et la visibilité croissante de l’art contemporain africain sur la scène globale.
Originaire du Ghana, Ibrahim Mahama s’est distingué par une démarche artistique singulière. Son œuvre puise dans la matière brute des milieux économiques africains, notamment les sacs de jute utilisés pour transporter des ressources exportées comme le cacao ou le charbon, qu’il transforme en installations monumentales. Ces créations sont autant de réflexions sur l’économie de l’extraction et les rapports de force postcoloniaux, mêlant héritage et contemporanéité avec une forte charge politique.
BON À SAVOIR
concerne l'art africain traditionnel. Pour l'art contemporain, voir Art contemporain africain. L'art africain traditionnel, ou plus exactement l'art de l'Afrique
Au-delà de son esthétique, le travail de Mahama résonne avec les problématiques sociales propres à plusieurs pays du continent. Il rend visible le quotidien et les enjeux économiques des populations, souvent invisibilisées par le prisme occidental. Cette approche interroge, à travers des formes innovantes, la mémoire collective et les traces matérielles des échanges mondialisés. Ainsi, chaque œuvre devient une invitation à revisiter le rôle et la place de l’Afrique dans l’économie globale.
La position d’Ibrahim Mahama en tête de la « Power List » marque un tournant significatif. Cette reconnaissance témoigne d’une évolution des regards portés sur l’art africain, longtemps cantonné à une niche ou perçu sous des angles exotiques ou ethnographiques. Désormais, l’art contemporain africain accède pleinement à une reconnaissance internationale basée sur ses qualités esthétiques et intellectuelles, avec des acteurs capables d’imposer leur vision et d’influencer les débats culturels mondiaux.
Selon le média lefigaro.fr, ce classement reflète aussi le changement dans les politiques des grandes institutions, qui intègrent peu à peu de manière plus équilibrée les artistes africains dans leurs programmations et acquisitions. De plus, le marché de l’art contemporain africain connaît une dynamique soutenue, attirant de plus en plus l’attention d’un public élargi, ce qui pourrait favoriser la création et la diffusion en Afrique même.
L’importance accordée à Ibrahim Mahama est révélatrice d’un élargissement des terrains d’influence dans le domaine artistique mondial. Ce succès a une portée symbolique majeure pour le continent africain, qui continue de voir émerger une nouvelle génération d’artistes capables de réécrire les règles et de définir leurs propres narratifs. Ce phénomène dessine un paysage multicentré, où l’Afrique occupe désormais une place incontournable au sein des flux culturels et artistiques contemporains.